mardi 9 septembre 2008

Chagrin d'école pour les nostalgiques

Non pas que je sois un adepte du "c'était mieux avant" (car des textes latins ou encore du début XXè S nous montrent que "la baisse de niveau" n'est pas nouvelle !), le livre Chagrin d’école de Daniel Pennac, ancien enseignant, laisse rêveur ! Ce livre est en effet truffé de pratiques d'autrefois qui ont fait leurs preuves qui feront l'objet de posts ultérieurs.
Une petite anecdote pour vous donner envie de le lire: l'auteur ne demandait pas à un élève de réciter le lion et l'agneau mais la N°8, l'incipit d'Adolphe de Benjamin Constant mais la N°19 ! En bref, la méthode Buzan avant l'heure ! Il donnait en effet chaque semaine une récitation à apprendre et les numérotait de 1 à ... afin de mettre en contact ses élèves avec des modèles, de leur donner une culture solide et de les inviter à lire les ouvrages dont elles étaient extraites voire d'autres ouvrages de l'auteur. En effet, comment peut-on lire dans le rapport de jury du CAPES de lettres modernes 2005 que sur un sujet sur l'autobiographie des étudiants citent allègrement Loana dans leur dissertation ou encore que certains à l'oral s'étonnent que le jury leur pose des questions sur Les femmes savantes alors que l'oeuvre de Molière au programme est Le bourgeois gentilhomme par exemple ?
Enfin pour ceux qui ne sont pas encore convaincus quelques passages du livre qui s'inscrit dans le courant pédagogique actuel:
" Cinquante minutes de francais, expliquais-je à me élèves, c'est une petite heure avec sa naissance, son milieu et sa fin, une vie entière en somme."
" Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d’orthographe par l’exercice de l’orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l’immersion dans le texte et l’habitude de ne pas réfléchir par le calme renfort d’une raison strictement limitée à l’objet qui nous occupe, ici, maintenant, dans cette classe, pendant cette heure de cours, tant que nous y sommes. "
"L'idée qu'on puisse enseigner sans difficulté tient à une représentation éthérée de l'élève. la sagesse pédagogique devrait nous représenter le cancre comme l'élève le plus normal qui soit : celui qui justifie pleinement la fonction de professeur puisque nous avons tout à lui apprendre, à commencer par la nécessité même d'apprendre ! Or, il n'en est rien. Depuis la nuit des temps scolaires l'élève considéré comme normal est l'élève qui oppose le moins de résistance à l'enseignement, celui qui ne douterait pas de notre savoir et ne mettrait pas notre compétence à l'épreuve, un élève acquis d'avance, doué d'une compréhension immédiate, qui nous épargnerait la recherche des voies d'accès à sa comprenette, un élève naturellement habité par la nécessité d'apprendre , qui cesserait d'être un gosse turbulent ou un ado à problèmes pendant notre heure de cours, un élève convaincu dès le berceau qu'il faut juguler ses appétits et ses émotions par l'exercice de sa raison si on ne veut pas vivre dans une jungle de prédateurs, un élève assuré que la vie intellectuelle est une source de plaisirs qu'on peut varier à l'infini, raffiner à l'extrême, quand la plupart de nos autres plaisirs sont voués à la monotonie de la répétition ou l'usure du corps, bref un élève qui aurait compris que le savoir est la seule solution : solution à l'esclavage où nous maintiendrait l'ignorance et consolation unique à notre ontologique solitude ." A méditer ...
De conclure ce post avec D. Pennac: " Seulement pour que la connaissance ait une chance de s'incarner dans le présent d'un cours, il faut cesser d'y brandir le passé comme une honte et l'avenir comme un châtiment" !

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